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Monday, September 06, 2010 ..:: L'Important, c'est de Rester Vivant » Dossier ::.. Register  Login
  


L’important c’est de rester vivant
Au cœur de la folie Khmère Rouge


Un film écrit et réalisé par


Roshane Saidnattar

 

 


97 minutes – format 35 mm – 2009 - N° de visa 119 162
 

Produit par Morgane Production
En coproduction avec Indravati Production– Antoine Martin Productions
Et avec le soutien de Canal +, Backup films, CNC, Fonds Images de la diversité, Fonds Sud, Acsé, Procirep, Région Ile de France, Région Haute-Normandie



Synopsis


Roshane Saidnattar, rescapée des camps de la mort au Cambodge, rencontre le chef théoricien du pouvoir Khmer Rouge, Khieu Samphân. Face au déni que s’exprime en toute sérénité de ce théoricien de Pol Pot, la réalisatrice et sa mère retournent au Cambodge et retrouvent la force de parler.  L’IMPORTANT, C’EST DE RESTER VIVANT  entremêle les souvenirs de la réalisatrice, le témoignage de sa mère ainsi que des archives inédites, le tout mis en parallèle avec l’entretien exceptionnel avec Khieu Samphân.
Ce film porte un regard, qui par sa résonance intime, nous dévoile une part de la folie qui a dévasté un peuple entier.



Note sur la réalisation


“… Car tu devras voir pire encore.”
Z. Gradowski, rouleaux d’Auschwitz
(1944), trad. M. Pfeffer.

En juillet 2004, j’ai obtenu l’accord d’entretenir avec Khieu Samphan. Pendant trois semaines, je l’ai filmé au rythme de sa vie quotidienne avec sa femme et ses petits-enfants.
Lorsque je passais ces jours et ces nuits à vivre avec Khieu Samphan, à dormir dans la chambre en face de la sienne, à l’écouter et à le filmer, je croyais d’abord le faire parce qu’il était urgent d’interroger un chef important d’un régime sans équivalent.
Khieu Samphan était le Président du Présidium d’Etat du Cambodge de 76 à 79. Il était un des théoriciens et des fondateurs de l’Angkar, l’organisation suprême khmère rouge, et aussi le représentant du parti sur la scène internationale dès 1970. Il a conservé cette reconnaissance internationale dans les années 80, il a été reçu par l’ONU et en 1991 aux accords de Paix à Paris, jusqu'à la reddition des Khmers Rouges en 1999, après la mort de Pol Pot.

Petit à petit au fil de l’entretien, j’ai compris que quelque chose d’autre se passait.
Il ne s’agissait pas d’apporter simplement un film journalistique qui se confronterait directement aux propos tenus par Khieu Samphan, mais adopter une perspective purement cambodgienne sur la responsabilité de l’un des grands chefs de l’Angkar (Organisation suprême), dans son quotidien la « vérité » d’un homme, enfermé dans un monde idyllique, irréel, là où s’est forgé le coeur de la folie meurtrière, dont je suis une rescapée.

« L’Important, c’est de Rester vivant » évoque une histoire d’une famille, la mienne, face aux justifications de ce grand chef de mes bourreaux. Il dresse le parcours de mon enfance, dont il a voulu forger le destin d’une génération ignorante, devenue cinéaste habitée par des images qui appartiennent aux survivants et à qui maintenant il se confie.

J’ai voulu insister dans le film sur les aspects peu connus du régime, comme les interdits de la connaissance, du savoir, du temps, de l’amour et de toute vie intérieure.
Ce film a surtout pour objectif de faire entendre les victimes et les faire sortir de leur silence. Nous, dont la culture et l’histoire furent saccagées, au point de créer à dessein une génération d’ignorants, nous ne pouvons sortir du mutisme sans nous appuyer sur les faits et l’analyse de ce qui fut nié.


Montrer certains détails permet de signaler ce qui est différent dans l’horreur inventée par les Khmers Rouges de celle déjà connue, se définissant sous les mots génocide et camps.

Dans les charniers au Cambodge, des crânes ont un bandeau sur les yeux. Avant de tuer, les Khmers Rouges enchaînaient leurs victimes aux chevilles et les faisaient marcher en file, les yeux bandés vers le lieu (un peu à l’écart du village, des digues ou des champs) où ils seront tués de différentes façons. Comme beaucoup, j’ai vu, mais nous vivions dans la hantise des interdits de l’Angkar (l’organisation suprême) et en particulier des quatre principes : Ne pas savoir, ne pas voir, ne pas entendre et ne dire rien.
Ceux qui sont morts ont souvent payé d’avoir trop vu ou trop dit.
Et Khieu Samphan se défend aujourd’hui comme nous sous sa présidence : je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu, je ne savais pas. « Je n’ai rien fait. »
Parfois, comme tous les survivants, j’entends ces morts. Ils semblent demander de briser un enchantement jeté sur le Cambodge par un régime qui tenta de détruire les fondements d’une société et d’un peuple. Les survivants ont dû apprendre à plier.
À la fin des Khmers Rouges, les survivants n’ont plus de trace sur leur identité. Puisqu’il ne restait plus rien, plus aucun papier, que nous n’étions pas très loin d’une forme de folie, où tout s’oublie. Nous avons inventé nos dates de naissance et choisi de nouveaux noms moins marqués par le destin. C’est seulement dix ans plus tard que nous avons fait la queue pour obtenir une nouvelle carte d’identité. Nous avons dû recréer une nouvelle identité, une nouvelle vie, la renaissance. Nous avons dû reconstruire notre vie à partir de zéro, sur une terre exsangue.
Après les Khmers Rouges, les survivants ne croyaient plus en ce qu’ils savaient faire dans la vie. Chacun a dû réapprendre un nouveau métier adapté au besoin quotidien. La seule liberté qui leur fut laissée était l’acceptation de leur condition. Ils sont déjà morts et ont volé au destin une énième vie, ils ne peuvent pas être exigeants !


Les personnages de ma mère et de ma fille évoquent avec moi, trois générations de femmes aux prises avec l’héritage de la folie née sous le régime Khmer Rouge.
Ma mère, ma fille et moi sommes allées ensemble dans les villages où ma mère, ma grand-mère, mon frère et moi étions pendant les Khmers Rouges.
Nous, trois femmes, nous nous soutenons mutuellement pour survivre. Ma mère me regarde vivre la vie de femme, que les Khmers rouges lui avaient volée pour toujours. Elle me regarde prendre soin de ma fille, l’amour d’une mère qu’elle a tant voulu me donner lorsque j’étais enfant, mais c’était interdit par les Khmers rouges. Et moi, je regarde ma fille vivre sa vie d’enfance et qui reçoit tout l’amour que j’ai à lui donné, ce que je n’ai pas connu. Nous ne sommes que des puzzles de vie, brisée par la guerre.
Nous, trois femmes, nous ne constituons qu’une seule vie. Un passé qui est détruit, un présent qui résiste et le futur, l’enfant de l’espoir.

J’ai tenté, dans ce film documentaire de témoignage, de créer une texture cinématographique poétique mêlant les arbres, le vent, la nuit que j’appris à connaître mieux que jamais et qui furent une source
d’angoisse, et en même temps, dans mon imaginaire d’enfant, le lieu des esprits protecteurs, le lieu préservé pour toute vie intérieure.
Ce film n’est pas un film documentaire historique, car je ne suis pas historienne, mais un film où l’histoire d’une enfant qui a dû fuir son pays pour se réfugier en France et qui revient au Cambodge. Qui ose revenir sur les traces, sur le passé en dépassant la peur qui habite encore de nombreux cambodgiens exilés, incapables d’envisager même un voyage au Cambodge, tant la période « Khmer rouge » a laissé de douleur.

L’histoire du massacre d’un peuple du peuple khmer par ses propres dirigeants, s’est enfouie dans le silence. On ne veut pas en parler, on ne peut pas en parler...

« L’important, c’est de rester vivant» retrace l’histoire de cette période mais son vrai sujet c’est le silence de l’Histoire et le chemin à inventer aujourd’hui pour pouvoir la raconter, pour que le peuple Khmer puisse se regarder et revivre en dépassant ce moment tragique de son histoire.
Et je fais le souhait que ce film contribue à l’évolution des consciences.
Que les Cambodgiens puissent aborder le futur les yeux grands ouverts.

 


Mon parcours

Jusqu’en 1975, mes parents ont fait partie des familles aisées du Cambodge. Mon père, d’origine indienne et de nationalité française, faisait du commerce avec les pays étrangers et ma mère, cambodgienne, était une jeune productrice de cinéma. Elle travaillait sur son cinquième film quand les Khmers Rouges nous ont chassés de notre maison et entraînés dans les camps de travaux forcés : une apocalypse.

Je garde les souvenirs d’une enfance baignée dans le milieu du cinéma et l’émerveillement des tournages. De là peut-être cette nécessité de mettre en scène les événements marquants de la vie, de saisir les émotions et de restituer les souffrances dont j’ai été témoin. Mon parcours m’a permis de connaître l’indigence et le confort. Il a forgé une profonde JOIE de VIVRE.

L’année 1970 a marqué une étape importante dans la folie qui a conduit tout un peuple à perdre son identité. Cela a commencé par le coup d'état renversant la monarchie en mars 1970, plongeant le pays dans la guerre civile et la guerre du Vietnam, se terminant par le régime de génocide des Khmers rouges.

Les premières bombes, larguées par des B52 américains ont plu sur le sol de mon pays. Je suis née cette année-là à Phnom Penh.


Le 12 avril 1975, après cinq ans de guerre sans issue, les militaires américains se sont précipitamment retirés du Cambodge et les Khmers rouges ont pris le pouvoir le 17 avril. C'est la fin de la guerre, mais la paix n'est pas au rendez-vous. Tous les habitants des villes et de la capitale, dont ma famille faisait partie, furent immédiatement expulsés et déportés sans ménagement par les révolutionnaires vers des campagnes inconnues, vers les champs transformés en camps de travaux forcés.

Je laissais mes affaires d’école. Mes parents et moi quittions la maison, sans rien emporter, à pied, avec des centaines de milliers de citadins.

Pendant cette période, nous dûmes dissimuler notre identité, modifier nos comportements et notre façon de parler pour échapper à l’élimination systématique qui attendait ceux qui trahissaient des signes d’intelligence et d’éducation. Ils m’ont séparée de mes parents.
Ils disaient que nous étions des « enfants de l’Angkar  pas ceux de nos parents ». Je n’avais plus droit à l’amour de mes parents ou à ma vie d’enfant.

Je devais travailler dans la jungle dans l’équipe des enfants. Les autres membres de ma famille durent travailler à des tâches éreintantes dans les groupes des « grands ». Moi, je dus rester avec les enfants alloués à des travaux adaptés à notre taille : planter le riz, ramasser les excréments des animaux pour fabriquer des engrais, aller dans la forêt couper des lianes pour confectionner des paniers destinés à transporter de la terre.
Deux ans plus tard, je travaillais à la construction des digues, jour et nuit, comme les « grands ».

On avait toujours faim et certains mourraient. Je priais tous les jours de ne plus avoir peur de mourir et de pouvoir aller à l’école.

Souvent dans la nuit, j’étais réveillée par des cris ou des hurlements: les Khmers rouges torturaient les mauvais ouvriers de la journée avant de les tuer.

Au cours des 4 années dans les camps khmers rouges, j’ai été réunie avec mon frère et ma mère à quatre reprises à la période de la mousson. Mon père a disparu emmené devant moi par des soldats un mois après notre déportation.
La folie meurtrière des Khmers rouges ne fut interrompue que lorsqu'ils furent chassés du pouvoir le 7 janvier 1979 par plusieurs groupes de combattants qui ont réussi à se réfugier au Vietnam et à se constituer en armée de libération nationale soutenue par l'armée vietnamienne. Mais la guerre continue contre les débris de Khmers rouges qui se sont regroupés sur les zones frontalières avec la Thailande.
Le pays est enfin libéré, les citadins survivants pouvaient retourner dans des villes fantômes, désertes et vides. Nous devions nous débrouiller à partir de rien. La vie reprend timidement. Une nouvelle société s'organise sur les ruines. Les marchés, les écoles, les hôpitaux ouvrent leurs portes au fur et à mesure.
Attirée par la culture ancestrale khmère, je suis entrée à l’école des beaux-arts pour apprendre, quelques heures par jour, les pas de danse du ballet royal avec de rares professeurs survivants des camps de la mort.

Trois ans plus tard, nous avons découvert que mon père a pu fuir des Khmers rouges et s’était installé en France. Ma mère décida d’envoyer mon grand frère et moi vers la frontière de la Thaïlande dans l’espoir d’aller rejoindre notre père afin que nous puissions faire nos études en France. Elle nous rejoindrait un an et demi plus tard.

C’était en 1982. J’avais 12 ans. Nous avons traversé le Cambodge jusqu’à la frontière. Nous sommes passés par 5 camps de résistants avant d’arriver au camps de réfugiés Khao I Dang.
Nous sommes restés  un an dans ce camp de 1km2, avant d’être accueillis par notre père en France.

J’arrivais en France à l’âge de 13 ans et demi. J’affrontais un monde nouveau: éduqué et civilisé. J’avais l’impression d’être tombée sur une autre planète et débutais avec les tout-petits à l’école primaire. J’étais retournée à la case « départ ».
En France, je découvris la liberté et en faisais le centre de mon système de valeurs. J’étais pour la première fois libre de mes actions et du choix de mon avenir.
Mes petits camarades n’ont jamais su l’enfer d’où je venais. Ils n’auraient pas pu comprendre. Dans leur esprit, j’étais une mauvaise élève, une élève attardée et une redoublante.

J’avais consciemment peur d’oublier ma culture et ma langue d’origine, car je n’avais encore rien appris du Cambodgien. Je suivis alors en parallèle des cours khmer pour pouvoir passer au baccalauréat avec comme deuxième langue, puis ensuite des études supérieures de cambodgien littéraire et ancien.

Après avoir obtenu mon baccalauréat littéraire à 23 ans, j’entrais à l’Université Paris VIII pour y suivre des études de cinéma. Cette formation fut primordiale. Elle me permit d’acquérir un savoir-faire que j’utilisais pour m’exprimer et témoigner. En complément de mes études, je travaillais comme journaliste-reporter pour RFI (section cambodgienne) et comme assistante de réalisation de films documentaires et de fictions.

Après avoir obtenu mon diplôme de réalisation de films en 1998, je suis retournée vivre au Cambodge, pensant ne plus jamais le quitter. J’y travaillais comme journaliste à la télévision nationale. Mais l’instabilité politique et la place de la femme dans la société cambodgienne ne me permettent pas de me consacrer de manière pleine et entière au métier de cinéaste. Deux ans plus tard, je décide donc de retourner en France pour pouvoir réaliser des films. J’ai aujourd’hui à mon actif quatre documentaires et un court métrage. « L’important, c’est de rester vivant » est mon premier long-métrage dans lequel je témoigne de la folie khmère rouge qui a dévasté le Cambodge.
Depuis l’alliance entre les Khmers rouges avec le gouvernement, le pays s’est stabilisé petit à petit avant de retrouver son autonomie. En 2009, un tribunal spécial pour juger les 5 grands dirigeants khmers rouges s’est enfin ouvert.  

 

 

 
 
 
Fiche technique & artistique
 
 
 
 

 
EQUIPE TECHNIQUE
 
Auteur / réalisateur  Roshane Saidnattar
Directeur de production   Patrick Dumont
1er assistant réalisation   Hubert Barbin
Directeur de la photographie   Patrick Ghiringhelli
Ingénieur du son   Philippe Welsh
Monteuse

 Gwénola Heaulm

 

Musique originale  Stéphane Kara
Editeur  Peermusic
 
PRODUCTION
 
Société de production  Morgane
Producteur délégué  Gérard Lacroix
Coproduction  Morgane – Indravati Production– Antoine Martin Productions
Partenaires Canal +, Backup films, CNC, Fonds Images de la diversité, Fonds Sud, Acsé, Procirep, Région Ile de France, Région Haute-Normandie

  
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