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Festival du Film d'Histoire de Pessac 2009.

Catégorie documentaire:

Le prix du jury officiel et le prix du jury des jeunes journalistes sont décernés à L'important c'est de rester vivant de Roshane Saidnattar (France-Cambodge, 2009).

Les mots du jury :

"Le film de Roshane Saidnattar parle à l’esprit, au cœur et aux yeux. Il parle à l’esprit parce que l’entretien, le face-à-face de la réalisatrice / victime avec son bourreau nous confrontent à l’inexplicable, à l’irrationnel. Nous avons été bouleversés par le courage de cette femme qui use de son professionnalisme pour servir l’histoire, la mémoire et le cinéma au-delà de ses sentiments. Elle a par ailleurs rendu compte avec intelligence et justesse de l’ambivalence, en ses divisions, de la société cambodgienne.

Cette œuvre nous parle au cœur, parce que Roshane Saidnattar a fait preuve d’un courage exceptionnel. Elle brise la mer gelée en nous et rompt de manière singulière le silence de la Communauté internationale à l’égard d’une des plus grandes tragédies du XXème siècle.

La présence de trois générations de femmes rend compte du décalage entre le temps du récit et le temps de l’événement. Leur silence, leur dignité, leur sagesse, leur souffrance intérieure provoquent une émotion qui a gagné le jury et qui fut particulièrement perceptible durant la projection.

L’Important c’est de rester vivant, parle aux yeux. Par ce prix nous honorons une vraie œuvre d’art. Roshane Saidnattar a su écrire l’invisible, mêler les registres d’images, croiser plusieurs procédés cinématographiques avec une grande pertinence professionnelle.

Le documentaire de Roshane Saidnattar propose un éclairage original sur une tragédie qu’on a voulu nous faire croire lointaine. Il touche à l’universalité par son écriture qui parle au plus proche et au plus profond de nous. Elle a su donner du sens au-delà du simple témoignage."

Pessac 16 novembre 2009

 

 


 

A Pessac, la mémoire cambodgienne sous les feux de la rampe.


L'important c'est de rester vivant Ce dimanche soir 15 novembre, à Pessac, les jurys du XXème festival du film d'histoire ont primé les meilleurs films en compétition. Roshane Saidnattar, réalisatrice cambodgienne a reçu deux récompenses dans la catégorie documentaire pour son film « l'important c'est de rester vivant ».

C’est dans une ambiance bon enfant, animée par l’emphase et les mots d’esprit d’Alain Rousset, président du festival et de la Région Aquitaine, que deux prix ont été décernés à une réalisatrice témoin d’une tragédie du XX° siècle: la dictature des Khmers rouges. En clôture du festival, Alain Rousset annonçait le thème de la prochaine édition : « la fin des colonies, des feux mal éteints.

« Un film deux fois primé qui parle au cœur et à l’esprit »

Roshane Saidnattar a raflé deux prix dont le plus prestigieux, celui du jury officiel présidé par le cinéaste russe Iossif Pasternak. Avant le début de la cérémonie, celui-ci nous confia le problème éthique que comporte le fait de juger ses pairs. Si la difficulté résidait en partie dans la commune excellence des œuvres d’art proposées, Iossif Pasternak et son jury ont tranché à l’unanimité pour dit-il : « le film qui parlait au cœur et à l’esprit ». Eduardo Lamora, cinéaste cubain, figure majeure du festival pour sa sagesse, sa personnalité brillante et son regard émerveillé sur le monde, affirme avoir, lui et son jury de jeunes journalistes, choisi le meilleur film, incontestablement.

« Écrire l’invisible et l’inexplicable »

Iossif Pasternak qui n’est pas « un réalisateur d’Hollywood » a profité de son passage dans la région pour déguster les grands châteaux à l’honneur durant le festival. S’il conserve avec son charmant accent slave une chaleureuse convivialité, c’est avec sérieux qu’il a décidé, après trois heures de discussion avec les membres du jury, de récompenser le documentaire « l’important c’est de rester vivant » de Roshane Saidnattar. C’est d'une voix douce que Xiao Xing Chang, cinéaste chinois et membre du jury, remettait la récompense à une petite femme bouleversée. Il déclara qu’elle avait réussi, par un éclairage original sur la tragédie Khmer rouge « à écrire l’invisible, l’inexplicable et, au-delà du simple témoignage, à donner du sens. Et le sens, conclut-il, c’est ce qui unit les gens. »

« Je me suis vengée contre la dictature »

Devant un parterre de cinéphiles, la réalisatrice cambodgienne avoua, tout d'abord, la joie et la surprise qu'elle avait ressenties lors de sa nomination. Pierre Henri Deleau, cofondateur du festival, l'avait sélectionnée pour la compétition parmi plus de cent cinquante films. Roshane Saidnattar reçut avec infiniment d'émotion les deux prix, non sans insister sur le fait qu’un film ne décrira jamais la vraie souffrance qu’ont vécu les cambodgiens

Après avoir longuement remercié la France qui lui a permis pareille liberté d’expression, Roshane Saidnattar se lança dans un témoignage poignant. Au bout de son histoire tragique, elle expliqua à l'assistance, conquise par l’émotion, qu’à cette époque l’important c’était bien de rester vivant pour, ensuite, peut être demain, pouvoir témoigner, aux yeux du monde entier.

Olivier Darrioumerle


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Octobre 2009 / Positif 584

L’important, c’est de rester vivant

Franco-Cambodgien, de Roshane Saidnattar.


Ce documentaire est exceptionnel à plus d’un titre, mais il a d’abord valeur de document. Réalisatrice française d’origine cambodgienne (et à moitié indienne par son père, ce qui lui a sans doute valu la vie sauve au moment des années 70), Roshane Saidnattar a réussi à obtenir une interview exclusive et unique d’un des plus notoires dirigeants des Khmers rouges, bras droit de Pol Pot : Khieu Samphan. Interrogé chez lui comme un paisible grand-père, l’ancien tortionnaire pratique le déni et l’autojustification avec un aplombe terrifiant mais caractéristique, tandis que les images d’archives contredisent sobrement ses paroles. Ne serait-ce que pour cela, ce film serait à voir absolument.

Mais, à l’arrivé, il est bien plus qu’un simple témoignage. Avec talent, la cinéaste entremêle plusieurs fils narratifs : ses souvenirs d’enfance en pleine tourmente sont « reconstitués » avec sensibilité, sans pathos ni maniérisme esthétique (hormis une inutile séquence onirique avec un tigre), et ils s’intègrent sans mal dans l’approche documentaire. Et surtout, elle se met en scène elle-même, retournant au Cambodge en compagnie de sa mère et de sa propre fille (qui a à peu près l’âge de Roshane au moment des atrocités). Il en résulte un bouleversant passage où la mère, jusqu’ici plus ou moins murée dans le silence ou le refoulement de la mémoire, revoir la famille de ses anciens tortionnaires, avec une révélation confiée par une femme de son âge (et concernant un oncle de la réalisatrice) renvoyant soudain dos-à-dos, en un vertigineux « coup de théâtre », bourreaux et victimes.

Quand un documentaire atteint cette puissance et cette acuité de regard, la leçon d’histoire fait place à une leçon de cinéma.

Y.T


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CINEMOVE



"L'Important c'est de rester vivant" de Roshane Saidnattar

Retour sur une atroce période de l'histoire du Cambodge, au cœur d'un témoignage aussi tendre que douloureux.

Lorsque l'on lit le synopsis de « L'important, c'est de rester vivant », on imagine facilement un documentaire qui prendrait des allures de règlement de comptes. Dans l'absolu il aurait été difficile d'en vouloir à la réalisatrice Roshane Saidnattar : les douleurs de sa famille et des habitants de son village sont insupportables au point d'être innommables. Son film lui aurait servi de vengeance. Les tortionnaires l'auraient bien mérité. Mais depuis la petite fille traumatisée est devenue mère. Elle a grandit et par là même prit du recul sur son passé. C'est en tant que rescapée des camps de la mort qu'elle retourne, avec sa mère et sa fille, au Cambodge, sa terre natale, source de toutes les souffrances.

Après une multitude de démarches et sans annoncer qui elle était vraiment, Roshane Saidnattar obtient des interviews avec Khieu Samphân, chef théoricien du pouvoir Khmer Rouge, qui est, plus ou moins directement, l'un des responsables des massacres dont la réalisatrice a été le témoin. Mêlant les images d'archive à celles du présent, Roshane commente en voix off son parcours et celui de ses compatriotes. Plusieurs témoignages se font donc écho en parallèle, démontrant avec humilité les mensonges et les trahisons, mais aussi les solidarités et les courages. Un montage simple et sans fioriture, laissant apparaître la symbolique de l'échelle des plans et du mouvement de la caméra. Car à part la grande maîtrise dont fait part Roshane Saidnattar par rapport au sujet qu'elle traite, force est de constater qu'elle manie avec beaucoup d'intelligence les techniques cinématographiques, sans en abuser outre mesure. Son documentaire est un témoignage émouvant qui ne tire pas vers la gratuité lacrymale. Elle réussit ainsi le dur pari d'informer sans tendre du côté de l'apitoiement excessif et outrancier. Personnel et confidentiel, « L'important, c'est de rester vivant » l'est aussi dans son titre. Car c'est grâce à cette phrase, prononcée par sa mère au pire moment des massacres, que la petite Roshane a pu devenir grande.

Par Géraldine Pioud


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Actes du colloque de Cerisy, juillet 2008.

Résistance intérieure, situations extrêmes


L’un des points de départ de ce texte est lié à un mouvement critique à l’égard d’un aspect souvent rencontré dans les travaux historiques, sociologiques, littéraires et psychanalytiques sur les génocides : une ”explication” de ces atrocités fondée sur l’idée du bourreau, du salaud qui sommeillerait en chaque individu “ordinaire”. En lisant ces thèses, j’ai toujours été étonnée de l’absence, comme objet d’étude complémentaire, de tous ces hommes ordinaires qui se sont tenus dans une résistance intérieure, aux manifestations anonymes, ceux dont on a fini par connaître l’existence et les autres, pour toujours ignorés ? Les traces de cette résistance, on peut cependant en trouver, alors comment ont-elles pu échapper et laisser la place dans l’espace public à ce lieu commun désormais dangereusement répandu et qui vaut pour le pervers, le serial killer ou le nazi: la figure du “bourreau-homme-ordinaire”?

" L’important, c’est de rester vivant " de Roshane Saidnattar

Le film de Roshane Saidnattar, pose le problème de la reconstruction d’une histoire singulière à partir des traces qu’ont laissées les atrocités d’un génocide chez une enfant, Roshane elle même, âgée de 6 ans à l’époque. En France, elle est devenue réalisatrice et a construit sa démarche à partir d’un ensemble complexe de matériaux qui se tissent et se croisent : ses propres souvenirs, les documents cinématographiques de propagande des Khmers Rouges, la reconstitution sous formes d’images de ce qu’on pourrait appeler « l’envers » de ce décor de façade, des extraits d’une longue interview de Khieu Samphan, président du “Kampuchea Démocratique” et le retour, 30 ans plus tard à l’occasion du film, vers le village des khmers rouges, toujours présents.

La démarche de Roshane ne cherche pas à démontrer comme le font souvent les documentaires, mais à nous faire comprendre et ressentir une partie de son expérience. Elle rend compte de la complexité de sa résistance : une perspective personnelle, un questionnement sur la fonction d’un documentaire, et une démarche artistique.

Il y a dans ce film plusieurs aspects de résistance aux menaces extérieures et intérieures. D’abord la petite fille de 6 ans doit résister à l’idée que sa mère a disparu, l’abandonnant sans recours: “ maman, étais-tu là le jour de ma naissance? ” se demande t elle, mais elle ne renonce pas et part à sa recherche dans un autre village en bravant les dangers de la forêt. Quand elle la retrouve, elle doit aussitôt se rendre à l’évidence : elle doit accepter de se séparer à nouveau d’elle, retourner sur ses pas et échapper ainisi à la punition pour avoir quitté le village. Elle y parvient grâce à la phrase que sa mère prononce au moment où elles se séparent et qu’elle garde en elle comme un talisman : « L’important, c’est de rester vivant ». C’est le contenu de cette phrase qui compte certes, mais c’est aussi le moment où elle a été prononcée, et la capacité de Roshane à la garder comme un mantra. C’est peut-être aussi parce qu’il y a eu aussi la confection d’une poupée représentant le père de Roshane, dont elle est sans nouvelles.

Elle peut ainsi garder, dans son monde intérieur, son père et sa mère, à l’insu de ceux qui dominent et tuent au nom de l’Angkar.

Sous les Khmers rouges, une novlangue faite de slogans était apparue et les enfants comme Roshane devaient apprendre des chants révolutionnaires à la gloire du Kampuchéa Démocratique comme: « Nous les enfants, vouons à Angkar un amour infini » dans lequel on trouve: “Avant la Révolution, les enfants étaient pauvres et désespérés. Nous vivions comme des animaux, souffrant parce que nous étions orphelins.” La phrase de sa mère, antidote à la novlangue khmer rouge, est peut être l’un des éléments qui l’a rendue capable d’attendre de retrouver sa mère et lui a permis, par la suite, d’être assez féconde pour porter et créer le film et son titre, qui est à la fois un aboutissement et un retour aux sources. C’est d’ailleurs en compagnie de sa mère et de sa fille qu’elle va tourner ce film, montrant ainsi que le fil des générations n’est pas rompu, non plus que le lien avec les disparus, les fantômes. Ce qui résiste chez Roshane, c’est la vie intérieure, la capacité de rester créatif dans un monde de robotisation et de novlangue. Et ce qui n’a pu être mis en mots ou en images passe dans la musique et les chants, dans le passage subtil noir/ blanc/ gris à la couleur qui revient graduellement, insensiblement quand présent et passé se télescopent dans la présence des fleurs, de l’eau, des animaux. Dans le souffle qui vient de loin.

Par Geneviève Welsh

  
 Presses

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Entretien avec Roshane Saidnattar

JT TV5Monde


Interview avec Roshane Saidnattar par Pierre Philippe Cadert: "Pour les droits humains"

RSR.ch  Mardi 9 mars 2010

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Interview avec Roshane Saidnattar sur RFI

  

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Roshane Saidnattar et Christophe Rossignon


 

PRESSE ECRITE:


  
  http://www.geneveactive.com/?p=855

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Femme du Jour

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